Un dimanche matin, mon fils de six ans est venu me voir avec un air un peu grave. Il m’a dit : « Si on jette encore du plastique dans la mer, les tortues vont mourir, hein ? » J’ai hoché la tête, un peu troublé. Parce qu’il avait raison, évidemment. Mais surtout parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas eu besoin de lui faire un grand laïus sur le réchauffement climatique pour qu’il comprenne, avec ses mots, ce que nous avons mis des décennies à accepter du bout des lèvres.
L’écologie, il ne la découvre pas dans un bouquin aux pages un peu jaunies ou à travers un cours du jeudi matin. Il la vit. Dans le jardin, en plantant des tomates (qui ne donnent jamais grand-chose, soyons honnêtes), dans les balades à vélo où on s’arrête toutes les dix minutes pour ramasser un emballage coincé dans un buisson, dans les mille « non » que je lui dis quand il réclame un jouet en plastique importé de l’autre bout du monde.
Mais attention, je ne suis pas en train de dire qu’on fait tout bien. Loin de là. Il nous arrive encore de prendre l’avion. On a des jours de flemme. Et puis parfois, franchement, j’en ai marre d’éteindre les lumières derrière tout le monde.
L’éducation écologique, c’est pas un cours magistral
Tout ça pour dire que l’éducation environnementale, ce n’est pas un programme. C’est un mode de vie. Une ambiance. Un état d’esprit qu’on transmet, pas à pas, parfois sans le vouloir.
Je me souviens d’une maîtresse de CP qui avait organisé une chasse au trésor dans la cour d’école, avec des indices autour des arbres, des vers de terre, des oiseaux. Les enfants avaient des étoiles dans les yeux. C’était pas une conférence sur la biodiversité, mais ils en sont sortis plus éveillés que moi après un TED Talk.
Le jeu, franchement, c’est magique pour ça. Ça rend les enjeux concrets, ça les fait rire, et surtout, ça ne les culpabilise pas. Parce que c’est bien ça le piège, non ? À force de vouloir trop bien faire, on finit par les plomber avec nos angoisses d’adultes. Alors que ce qu’ils ont besoin d’entendre, c’est que oui, on peut réparer les choses. Pas tout, mais beaucoup. Et surtout ensemble.
Le rôle des parents, entre exemple discret et incohérences assumées
Le rôle des parents dans tout ça ? On ne va pas se mentir : il est énorme. Pas parce qu’on détient la vérité (spoiler : on ne l’a pas), mais parce qu’on est les premiers modèles.
Si je trie mes déchets, si je râle quand la douche dure 20 minutes, si je cuisine des légumes moches venus du marché plutôt que des plats tout faits sous cellophane, mes enfants le voient. Ils absorbent. Pas toujours dans l’instant, parfois des mois plus tard, au détour d’une remarque.
J’ai écouté récemment un épisode de « Les couilles sur la table » (oui, le nom surprend, mais c’est un super podcast) où une sociologue évoquait l’éducation par l’exemple silencieux. L’idée que ce qu’on fait, même quand on n’en parle pas, façonne plus durablement les enfants que n’importe quel discours. J’ai trouvé ça puissamment vrai. Et un peu flippant aussi.
Pas besoin d’être parfaits, juste présents
Alors bien sûr, on peut leur expliquer le dérèglement climatique. Leur parler de CO2, de fonte des glaces et de la disparition des abeilles. Mais si on le fait sans les inclure, sans les laisser mettre les mains dans la terre, fabriquer leur composteur en carton, organiser une journée « école sans déchets », ça reste abstrait. Et honnêtement, un peu chiant.
Ce que je veux dire, c’est que cette fameuse éducation environnementale, elle ne commence pas avec une leçon. Elle commence avec une question : « Et toi, tu ferais quoi pour la nature ? »
Puis on écoute. Et parfois, ils ont des idées bêtes, géniales, pas faisables, mais c’est pas grave. L’important, c’est l’élan. L’envie.
Une conscience écologique qui pousse comme une mauvaise herbe (et c’est bien)
Parfois, je me demande si on n’en attend pas un peu trop d’eux. On leur parle comme s’ils allaient réparer nos erreurs. Mais peut-être qu’il faudrait plutôt leur dire : « Vous n’êtes pas là pour nous sauver. On est là pour vous aider à construire autre chose. »
Et tant pis si ça passe par des compromis. Tant pis si, en route, on prend parfois la voiture pour aller à l’école alors qu’elle est à dix minutes à pied. Parce que le combat ne se gagne pas à coups de purisme. Il se gagne dans la joie, la transmission, les petites choses répétées chaque jour.
Comme de dire bonjour à un arbre. (Véridique, ma fille fait ça.)
Oui, c’est flou. Oui, on n’a pas toutes les réponses. Mais si on attend d’être parfaits pour commencer, on n’ira nulle part. Et entre nous, ce serait trop triste de laisser passer l’occasion d’apprendre, avec eux, à regarder le monde autrement.